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Procès de Rouen

Le substitut du procureur de la République de Rouen a requis lundi une relaxe partielle à l’encontre de deux intellectuels poursuivis pour diffamation et injures envers un ancien ambassadeur du Rwanda en France pour des propos relatifs au génocide de 1994 dans ce pays. Dans ses réquisitions devant le tribunal correctionnel, Isabelle Poidevin a demandé la relaxe pour la plupart des faits reprochés et une peine "purement symbolique" pour les autres.

"Cela relève du débat d’idées", a-t-elle dit en soulignant qu’il fallait retenir "la bonne foi" même si des expressions pouvaient apparaître "maladroites". L’historien Jean-Pierre Chrétien et le journaliste Jean-François Dupaquier ont été mis en examen à la suite d’une lettre qu’ils avaient adressée à l’organisateur de conférences qui se sont tenues en 2009 à Rouen sur "le dialogue et la réconciliation entre Rwandais". Dans ce courrier, ils estimaient qu’il avait été "trompé" et que les orateurs, dont l’ancien ambassadeur Jean-Marie Vianney Ndagijimana, défendaient tous la même thèse, celle du "double génocide" dont auraient été victimes à la fois les Hutus et les Tutsis. Ils soutenaient que les orateurs avaient rejoint ainsi "les réseaux européens des négationnistes du génocide des Tutsis". Ambassadeur du Rwanda en France entre 1990 et 1994, Jean-Marie Vianney Ndagijimana avait été démis de ses fonctions par le gouvernement en place au moment du génocide qu’il avait publiquement dénoncé. Il fut durant quelques semaines ministre des affaires étrangères du gouvernement d’union nationale institué après la victoire du Front populaire rwandais (FPR). Devant le tribunal, l’ancien diplomate a rejeté avec force l’accusation de négationnisme. "Je refuse cette équation diffamatoire", a-t-il dit en soulignant qu’il appartenait aux deux communautés, étant tutsi par sa mère et hutu par son père. De son côté, Me Gilles Paruelle, avocat de Jean-François Dupaquier, a affirmé que la thèse du "double génocide" était "négationniste" tout en soulignant que la lettre était un courrier "confidentiel" qui n’avait pas vocation à être rendu public.