AccueilSoutien aux rescapésConvention de partenariat Médecins du Monde et Ibuka 2012-2013

Convention de partenariat Médecins du Monde et Ibuka 2012-2013

Rappel du Projet de Médecins du Monde/Ibuka

Trois axes,

  • deux  volets : une mise à disposition des locaux à l’occasion des veillées de commémoration et un concours financier qui nous permet de faire face aux frais, environ 2000 euros chaque année. Médecins du Monde est notre premier partenaire dans les activités de mémoire en France et à particulièrement à Paris.
  • le troisième volet concerne l’intervention en faveur des rescapés au Rwanda. Pendant 6 ans, cette intervention a consisté en accompagnement des rescapés pendant les procédures Gacaca. Depuis un an, les modalités d’intervention ont changé. Le domaine est toujours le même, soutien psychologique. Mais les formes sont nouvelles. Il est uniquement question de faire du capacity building : accroître les capacités des thérapeutes et surtout former les plus doués d’entre eux à la fonction de supervision. A cet égard, un nouvel acteur participe au projet, l’IFGT. Cette école de Bordeaux, très réputée en Europe met à disposition ses enseignants. Le projet n’ayant qu’à payer les billets. Au Rwanda, Ibuka n’est plus le seul interlocuteur, le projet inclue aujourd’hui Avega. Ainsi, une mission organisée par le MdM s’est déroulée au Rwanda en décembre dernier (du 10 au 14) pour faire le suivi du projet.; ont participé à cette mission : Gilles, Amélie, Céline et Marcel

Objectifs de la mission :

  1. Renforcer le lien avec IBUKA Rwanda en tant que Collectif
  2. Evaluer les dynamiques à l’œuvre au sein et autour du Collectif par rapport à ses missions fondatrices
  3. Renforcer le portage du projet par le Collectif (cf. Copil)
  4. Préciser les nouvelles perspectives (N’Dera…)
  5. Préciser les positionnements et engagements de chaque partie pour 2013/2014
 Durant cette mission, nous avons eu de fructueux échanges, notamment avec les membres de ainsi que l’équipe des psychologues que nous avons rencontrée sur le lieu de formation à Gitarama.
Contexte institutionnel d’IBUKA:
Le Congrès s’est tenu le 8 décembre 2012 dans une ambiance manifestement sereine. La CNLG, le FARG, le MINALOC et les médias étaient représentés. Naftar nous a indiqué que les principales recommandations ont porté sur le renforcement des dispositifs de soutien psychologique auprès des rescapés.
Près de deux ans après la crise importante qu’a connue IBUKA, l’institution et ses différentes composantes paraissent tout-à-fait apaisées. Bien que le Secrétariat Exécutif n’ait pas retrouvé toute la surface opérationnelle d’avant et que ses ressources financières paraissent fragiles, on y sent une démarche à la fois réaliste, confiante, patiente et résolue, visant dans un premier temps à restaurer la confiance qui avait été mise à mal pendant la période de crise.
Ainsi, le désir de travailler en complémentarité et en articulation avec toutes les associations du collectif semble à présent pouvoir s’appuyer sur cette confiance restaurée entre les associations membres, sachant que cette confiance qui n’est pas aveugle continuera à se mesurer à la lumière des faits et de la réalité des engagements.
De même au sein des institutions partenaires (FARG, CNLG…), on semble apprécier la manière dont IBUKA constitue à nouveau un interlocuteur satisfaisant, même si cela ne se traduit pas vraiment par des dispositions et des engagements financiers qui lui permettraient de mieux remplir ses missions.  On sent tout de même percer un doute, les changements sont très récents. Les partenaires d’Ibuka ont besoin de vérifier dans le temps que l’association s’en tient à son rôle de collectif et « d’umbrella ».
Au sein du Collectif IBUKA, le désir de travailler d’avantage ensemble intègre bien l’idée d’une articulation entre fonctions de coordination, d’appui et de porte-parole, portées par IBUKA (« Umbrella »), et celles d’opérateurs de terrain remplissant les fonctions sociales auprès des rescapés, portées par les associations membres. Pour autant, la manière de redéfinir précisément les missions de chacun, et d’aller concrètement vers ce type d’articulations n’est pas encore pensée collectivement de manière construite, ni mise réellement en travail. On peut supposer que cela viendra un peu plus tard en lien avec la préparation d’un prochain congrès, à condition que le Président d’IBUKA décide réellement de faire de cette démarche l’un des grands chantiers de son mandat.

Perspectives du dispositif Santé Mentale et missions de plaidoyer d’IBUKA

Le bien-fondé du dispositif, sa pertinence au regard des besoins des personnes rescapées, ses résultats et ses acquis tant pour les rescapés que pour les thérapeutes semblent être largement reconnus. C’est manifestement le cas au niveau des autorités ; FARG, CNLG et Ministère de la Santé, qui le cite régulièrement en exemple.

De même, l’idée que les rescapés du génocide ont des besoins spécifiques qui n’ont pas tous été traités ou qui restent d’actualité, semble avoir largement progressé. Le travail des comités régionaux récemment élus au sein d’Ibuka et qui sont largement constitués de jeunes anciens de l’AERG est à la fois considérable et promoteur. Ils s’avèrent capables de faire un état précis des besoins, de formuler des propositions et d’en faire le plaidoyer.

 Ainsi, à la suite de précédentes rencontres (dont au niveau de la présidence), une réunion interministérielle a été tenue début décembre 2012 avec les opérateurs et les principales associations du collectif, pour mettre à plat les constats sur les besoins qui perdurent. Deux comités ont été créés à cette occasion pour compléter l’état des lieux et formuler des recommandations : l’un sur les questions de justice (procédures engagées à la suite des Gacaca, réparations, problématiques foncières…), l’autre sur les questions sociales, incluant l’éducation, le logement, et la santé, dont la santé mentale.    

Ce comité avait un mois pour rendre ses conclusions et propositions. Il s’agit ainsi d’une opportunité importante pour que le dispositif du projet santé mentale soit en bonne place dans les dispositions qui seront prises par l’Etat. IBUKA  n’a pas souhaité figurer dans ce comité, jugeant plus opportun d’accompagner ses travaux de l’extérieur pour pouvoir garder une liberté de parole quant aux recommandations et propositions qui en sortiront.

Celles-ci sont d’autant plus attendues que l’engagement de l’Etat apparait clairement comme la condition sine qua non de la durabilité du dispositif au-delà de 2013 et de la duplication de l’expérience de manière à couvrir l’ensemble des besoins et du territoire. L’expérience de ce projet depuis 2005 nous a montré combien sa pérennité et son développement dépendaient de cet engagement, les bailleurs internationaux ne permettant que d’en soutenir l’expérimentation sur des durées trop courtes. Si le projet dispose aujourd’hui d’un socle opérationnel suffisant, c’est bien grâce aux salaires des praticiens financés à AVEGA par le FARG, seule source de financement dont la visibilité porte au-delà de 2013. Le FARG semble d’ailleurs rester à ce jour le relais le plus approprié pour l’engagement des fonds publics dans ce dispositif. Il revient cependant aux associations les plus actives de s’organiser et d’harmoniser leurs actions, de présenter au FARG des programmes communs et cohérents.

Comité de Pilotage Santé Mentale IBUKA-AVEGA 

L’engagement d’AVEGA aux côté d’IBUKA dans le portage du dispositif confère à ce dernier une véritable dimension inter institutionnelle ce qui garantit son développement. A travers ce projet et ce dispositif, il est également possible d’expérimenter concrètement les articulations nouvelles entre IBUKA, remplissant les fonctions d’appui et de porte-parole, et les associations membres déployées sur le terrain comme AVEGA. La mise en place d’un tel Comité de Pilotage est l’un des mécanismes possibles pour vivre réellement ces formes nouvelles de coopération au sein du collectif IBUKA. Il est important que chacun puisse y trouver toute sa place dans les processus de co-construction et codécision relatifs au projet.

La réunion du comité de pilotage (COPIL) du 12/12/2012 a notamment permis de clarifier les besoins ressentis autour de la production d’un document commun de présentation du projet. A travers un tel document, il s’agira en particulier restituer et valoriser les résultats, les constats et les acquis du projet de manière accessible pour un large public, en actualisant cette restitution en regard du contexte de « l’après-gacaca ». Il s’agit également de valoriser le partenariat inter-institutionnel à l’œuvre (IBUKA, AVEGA, MDM, IFGT…). Les termes de référence proposés par Gilles Foucaud et approuvés par le comité de pilotage MDM/Ibuka France ont été envoyés au Rwanda. Il appartient à Ibuka Rwanda d’identifier le consultant le mieux à même de rédiger ce document nécessaire à la communication.

En fin 2013, le programme de formation sera terminé. Ibuka demande que l’on puisse maintenir pendant un an le dispositif d’accompagnement, s’assurer avant de le lever, que les acquis se sont consolidés. Les psychologues que nous avons rencontrés semblent prêts à travailler seuls, ils se sont appropriés les exigences de la profession. L’objectif initial qui visait à l’acquisition d’autonomie semble avoir été largement réalisé. 

Mise à jour le Samedi, 25 Mai 2013 17:53